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10 août 2013

DECEREBRATION des individus (et de la société) par la télévision.

Indépendamment des contenus de la télévision, l'environnement technologique et l'idéologie du réseau dans lesquels les gens sont plongés accentuent le repli sur soi et l'individualisation. Au travers de l'omniprésence médiatique et du monde virtuel, les choses viennent directement à eux, l'expérience se meurt. Désormais, l'isolement se fait au sein même du pavillon, et plus seulement vis-à-vis de l'extérieur.

En effet, chacun est replié face à lui-même, dans une consommation de lui-même. On est dans la consommation du spectacle de la vie, comme l'a écrit Guy Debord en 1967 dans la société du spectacle. La télévision n'est que la consécration de cette dépossession de la vie et de soi. Nous ne sommes plus dans la réalité, on se trouve en tête-à-tête avec le spectacle de ce qui devrait être. Nous n'avons même plus besoin d'introduire l'autre dans un rapport quelconque. C'est une société de l'onanisme, l'altérité n'a plus de raison d'être.

Vous parlez d'infantilisation généralisée...

Ce processus est flagrant quand on regarde la publicité. L'individu est réduit à un enfant, celui-ci se réduisant à ses émotions. Le consommateur est gavé, il jouit la bouche ouverte d'absorber de lait maternel permanent qui est diffusé sur tous les modes. Seule demeure l'émotion, il n'y a plus de reflexion ni d'esprit critique construit, un esprit de résistance conscient de lui même. L'infantilisation, au contraire, consacre le processus globlal d'aliénation désirée dont on parle. L'émotivité primaire consacre l'organisation sociale actuelle, fondée sur l'individuation, est le terreau de toutes les manipulations, commerciale et politique.

Vous parlez aussi de confusion totale entre les désirs et les besoins...

Désormais, dans le champ de la marchandise, tout désir doit être satisfait immédiatement sur le mode du besoin, dans la possession. Le désir est rabattu au niveau des besoins vitaux. Nous n'avons plus que des désirs pris au piège du spectacle des nouveaux objets chargés de les éveiller. Ce à quoi s'emploie, avec le succès que nous savons, le marketing. Nous existons en fonction de ce que nous consommons et non au travers de ce que nous construisons de nous-même dans le champ de l'altérité. L 'expérience de la relation à l'autre est enfermée dans le désir mimétique de posséder les mêmes attributs de la réussite et de la performance individuelles. La dynamique du désir est manipulé pour être au service du dévelopement du capital.

Divertir pour dominer. La culture de masse contre les peuples.

P 22-23

Divertir pour dominer. La culture de masse contre les peuples

« Offensive »

Janvier 2011

Offensive, comme son nom l’indique, est là pour bousculer. « Libertaire et sociale », cette revue anticapitaliste donne le ton dès le titre de l’ouvrage, qui s’organise autour de quatre domaines : télévision, publicité, sport et tourisme. Ici, tout est passé au crible d’une critique sans concessions, voire alarmiste. Les membres d’Offensive prennent la parole, ou la donnent à des acteurs du milieu culturel, pour déconstruire les apparents bienfaits de la culture dite de masse. Les textes (interviews, entretiens, extraits d’articles ou de livres) dressent le portrait d’une société ravagée. Où le spectacle télévisuel « simule le monde, nous piège et nous emprisonne » ; où les publicités « standardisent nos regards et anesthésient nos vies » ; où l’idéologie sportive véhicule « un système hétérosexiste » ; où le tourisme « sert une vision hygiéniste du monde » ; et où l’humanitaire incarne « la dernière frontière de la colonisation ». En somme, la culture de masse participerait à l’édification d’un « hypercapitalisme », mais surtout à l’anéantissement de toute liberté.

Cécile Strouk
 
 
 
Le spectacle se présente comme une énorme positivité indiscutable et inaccessible. Il ne dit rien de plus que "ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît". L'attitude qu'il exige par principe est cette acceptation passive qu'il a déjà en fait obtenue par sa manière d'apparaître sans réplique, par son monopole de l'apparence.
La société de spectacle. Guy Debord.
P 20

I. La séparation achevée 
 

« Et sans doute notre temps... préfère l'image à la chose, la copie à l'original, la représentation à la réalité, l'apparence à l'être... Ce qui est sacré pour lui, ce n'est que l'illusion, mais ce qui est profane, c'est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l'illusion croît, si bien que le comble de l'illusion est aussi pour lui le comble du sacré. » 
 

Feuerbach (Préface à la deuxième édition de L'Essence du christianisme) 

 

 Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l'unité de cette vie ne peut plus être rétablie. La réalité considérée partiellement se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation. La spécialisation des images du monde se retrouve, accomplie, dans le monde de l'image autonomisé, où le mensonger s'est menti à lui même. Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant. 

Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. 

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