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20 juillet 2013

DEMISSION de la lutte sociale.

On sait que les cabinets médicaux sont remplis de grévistes. Je ne veux pas nécessairement dire des grévistes du travail. Il est bien d'autres grèves que le droit n'envisage pas. Faire grève de son rôle de mari, d'amant, de père, de fils, de maître ou d'élève, de responsable etc..., voilà ce que le fait social autorise. Il est socialement admis que tout problème de mal-être, quelle qu'en soit l'origine ou la nature -mauvaises relations au travail ou dans le couple, retard scolaire des enfants etc, se traduise en demande d'aide presentée à l'institution médicale. Le plus souvent, cette demande est plus ou moins maquillée en termes somatiques, avec la complicité active du médecin. Non que le patient soit un simulateur ou le médecin un imposteur. Tous deux jouent simplement un jeu dont les règles proviennent du contexte social et culturel de leur relation. La maladie est une déviance tolérée, mais à condition d'apparaître comme un désordre organique dont l'étiologie n'est pas imputable au malade, ni d'ailleurs à la société. C'est une entité extérieure à l'individu et à sa relation au milieu qui, par hasard, vient perturber son fonctionnement vital. Cette représentation du mal fonde l'accord entre le médecin et son malade, et permet leur relation.

L'inflation médicale a donc un effet, sinon une fonction:de plus en plus de gens sont convaincus que, s'ils vont mal, c'est qu'ils ont en eux quelque chose de déréglé, et non qu'ils réagissent sainement par un refus d'adaptation à un environnement ou des conditions de vie difficiles, et même parfois inadmissibles.

Des médecins préscrivent, ou ont prescrit, des médicaments prétendument capables de traiter le "mal des grands ensembles" ou l'"angoisse née des conditions de travail". Cette médicalisation du mal-être est tout à la fois la manifestation et la cause d'une perte d'autonomie: les gens n'ont plus besoin ni envie de régler leurs problèmes dans le réseau de leurs relations. Leur capacité de refus s'en trouve étiolée, leur démission de la lutte sociale facilitée. La médecine devient l'alibi d'une société pathogène...

mais l'invasion médicale, en biologisant et en naturalisant les dysfonctions qui en résultent, évite que l'intolérable soit combattu au plan où il doit l'être: dans l'espace politique.

Extrait de "pour un catastrophisme éclairé" quand l'impossible est certain. de Jean Pierre Dupuy.

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