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16 janvier 2015

UNION SACREE ?

Extrait du livre "Mon chemin" d'Edgard Morin. 2008

P242

Qu'est-ce que la rhinocérite, à part l'un de ces néologismes dont vous êtes si friand?

J'aime tirer de nouveaux substantifs ou de nouveaux verbes à partir de mots qui existent, et cela pour mieux exprimer des réalités qui manquent de mots. Dans rhinocéros, d'Eugène Ionesco, un habitant d'une paisible ville se transforme soudain en rhinocéros. La contagion se propage de proche en proche, et presque tous les habitants deviennent des rhinocéros furieux. Ce phénomène s'est souvent répété dans l'histoire: dès qu'advient une crise ou une guerre, nationalismes et racismes se déchaînent

En 1914, une grande partie des Français et des Allemands, sous influence socialiste internationaliste, étaient pacifistes; il a suffit du déclenchement du conflit pour que le nationalisme dévore l'internationalisme et que les pacifistes se ruent dans l'union sacrée et exècrent l'ennemi. De part et d'autre, l'intelligentsia s'est employée à déshonorer l'adversaire et a prétendu être le défenseur exclusif de la civilisation. Romain Rolland, qui avait condamné la guerre fratricide, s'est fait insulter par les deux camps.

Beaucoup d'Allemands se sont transformés en rhinocéros à partir de la grande crise de 1929-1931qui a porté Hitler au pouvoir. Plus récemment, la Yougouslavie s'est déchirée en une guerre folle, déclenchant des haines inexpiables et des cruautées insensées. Partout où s'installe la rhinocérite, il y a incapacité à comprendre autrui, à considérer son argument qui apparaît comme une ignoble calomnie, il y a criminalisation de l'adversaire, voire du simple contestataire, réduction de l'autre à l'immonde ou à la bestialité: chien, charogne, etc. La compassion, la justification sont à sens unique, et les crimes commis par les siens sont, au plus, considérés comme des erreurs. L'incapacité à penser la complexité, à considéer deux vérités apparemment antagoniques, sévit de plus en plus. Il est très difficile de reconnaître que le Mal est répandu un peu partout, certes de façon inégale, et que le Bien lui-même es dispersé un peu partout, certes de façon inégale aussi. Le cercle infernal s'aggrave à partir d'un traitement inégal, lequel suscite une haine, laquelle suscite une violence, qui à son tour renforce le traitement inégal, lequel se croit justifié.

Ainsi, bien qu'il ne s'agisse pas partout du même type de régression, celle-ci s'opère dans toutes les parties du monde.La rhinocérite progresse, des esprits délicats se transforment en brutes épaisses, des écrivains subtils deviennent des inquisiteurs implacables, des écléctiques des imprécateurs, et les intimidés feignent de ne rien voir. A la fin de la pièce de Ionesco, alors que tous les humains se sont transformés en rhinocéros, le héros, Bérenger, dit:"je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout! Je ne capitule pas!" J'essaierai d'être fidèle à cet exemple.

 

Petit rappel d'un livre indispensable à découvrir pour comprendre un peu mieux ce qui se passe au niveau global. Voir pour plus de détails dans la catégorie "Néolibéralisme". 

 
Leur « vivre ensemble » n’est qu’un attrape-couillons.
On nous aurait trompés ?

Ils nous ont trompés (ou essayé) en pleurant avec le peuple sur les terribles conséquences de la fracture de notre « contrat » social, républicain, laïque, international ... Monstruosité il y a eu, et une émotion, un élan populaire, comme rarement, et réconfortants. Ce jaillissement, même s’il n’a pas charrié que de bons sentiments, devrait marquer un avant et un après « Charlie », une meilleure compréhension du monde impitoyable dans lequel nous vivons.

Les « monstres » poussent sur cet ordre mondial cannibale comme les champignons sur le fumier.
« Ils n’ont rien compris, en haut » me dit-on. Bien au contraire ! Ils ont parfaitement compris qu’ils pouvaient profiter du traumatisme national pour accélérer leur politique « de classe », reléguer la question des questions : la « question sociale », les réponses progressistes à la crise du système ; profiter du climat fallacieux « d’unité nationale » pour nous faire avaler l’une des plus importantes régressions sociales : le plan du multimillionnaire Macron ; une machine de guerre contre le droit du travail, la protection des salariés... une arme mortelle pour réduire jusqu’à l’insupportable le « coût du travail », marchandiser tout ce qui peut l’être.

Ceux-là même qui versent des larmes de crocodile, enfoncent chaque jour davantage notre pays dans une terrible loi de la jungle, celle-là même qui produit des « monstres ». Les millions de « perdants », les jeunes, n’ont qu’à « devenir milliardaires », éructe de Las Vegas le ministre de l’économie. S’il était de gauche, il devrait encourager les jeunes à devenir solidaires, partageux, humanistes, altruistes... Et ils osent se lamenter sur « la crise des valeurs », le « choc des civilisations », eux qui sont les fossoyeurs des valeurs de la République, les saigneurs de peuples, enFrance, en Lybie, en Syrie, en Irak, au Mali... partout où les bombardements des « Rafales » sentent le pétrole et le vieil ordre néocolonial. Alors, qu’ils remballent leur trompeuse « unité nationale » prétendument « apolitique » ! Comment peut-il y avoir égalité, liberté et fraternité sans justice sociale ? Leur « vivre ensemble » n’est qu’un attrape-couillons. 
Ne nous taisons donc pas. Politisons les enjeux, les débats, les alternatives, les causes profondes du terrorisme. Revenons aux fondamentaux. Sociaux et néolibéraux instrumentalisent une « guerre contre le terrorisme global », le désarroi populaire, la désespérance, le climat d’insécurité, surtout sociale. Ils brisent ainsi les derniers liens de solidarité et d’entraide. Ils tentent de marginaliser définitivement leur véritable cible : la gauche de transformation sociale. Au passage, ils assoient l’école, qu’ils ont méthodiquement déstructurée et vidée de sa véritable fonction, au banc des accusés. Cela revient à alimenter le terreau de la haine. A force de mettre l’Education Nationale au pain sec et d’y instiller des concepts délétères, de faire la guerre aux pauvres, ils ont détruit le « socle commun » et « l’ascenseur social », multiplié l’échec des enfants des familles les plus défavorisées, décuplé l’exclusion. Ils ne s’intéressent qu’au tri et à la promotion d’une élite « de classe », qui s’auto-reproduit.

Quant à la liberté d’information, TF1, BFMTV, et tutti quanti continuent à mentir, à désinformer de plus belle, à censurer les communistes, les révolutionnaires, à conditionner, à lobotomiser... Un minimum de décence imposerait aux pleureuses d’aider notamment les derniers survivants de la presse d’opinion à continuer à paraître tous les matins. Que nenni ! Si « L’Humanité » disparaissait, ils n’en pleureraient pas. Alors, assez de travestissements ! Que vive la lutte ! La gauche a l’obligation de mener la lutte des classes pour affronter des sociaux néo libéraux, qui eux, n’ont jamais perdu leurs fondamentaux.

Jean Ortiz,
universitaire.

URL de cet article 27832 
http://www.legrandsoir.info/on-nous-aurait-trompes.html
« Le monde entier est un théâtre… », disait déjà Shakespeare.

Abasourdis... Glacés... Qui le nierait, face aux scènes de violence mortelle de la semaine dernière, auxquelles les chaînes-infos nous ont désormais habitués lors de tels événements... A la suite de quoi, dans ce qui paraissait comme une communion nationale, européenne, voire planétaire – « Paris est la capitale du monde », déclarait François Hollande (rien que ça !) – la plupart des gens se sont sentis« Charlie »... n’ayant pour beaucoup jamais ouvert la moindre page de ce canard parfois plus que douteux. A la limite du bon goût. Cultivant la provoc sous prétexte de « Liberté d’expression »...

Dans ces moments où l’émotion et la sensibilité sont exacerbées, la raison est paralysée. Tétanisée. Claquemurée. Et l’Etat, flairant l’affaire, a sommé le peuple via ses « spécialistes » en communication et des médias contrôlés, de descendre dans la rue pour afficher sa solidarité aussi peu probable qu’éphémère sans doute. Dans quelques temps, lorsque l’étau policier se sera resserré et qu’il voudra s’en défaire, ce sera trop tard. Il ne pourra plus dénouer la corde qui l’asphyxie. Il l’a demandée, exigée, plébiscitée... Cela s’inscrit parfaitement dans ce que la journaliste Naomi Klein explique dans son livre La stratégie du choc. Lors de « chocs » émotionnels importants – guerre, catastrophe naturelle, attentat,... – qui peuvent toucher une nation et créer un traumatisme collectif, les gouvernements ont une fenêtre d’ouverture pour légiférer et prendre des mesures hors normes qu’ils ne pourraient faire passer en temps ordinaire. Cet « état de grâce » ne dure pas. Il faut donc aller vite et donner par cela l’impression que l’Etat agit promptement pour répondre à la demande expresse du peuple... Les médias, complices et parfaitement contrôlés par le pouvoir, s’en font d’ailleurs les relais complaisants. Nous déversant chaque soir, notre potion de ce feuilleton sordide. De quoi maintenir le pays dans cet état de « choc » émotionnel, le temps de prendre mesures et lois liberticides au service du capitalisme effréné dont une minorité dans nos sociétés dites « civilisées » juge utile à ses intérêts jamais assouvis. Et avant que le soufflé ne retombe...

« Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles » est la phrase complète de Shakespeare. Et tous, nous savons qu’il y a de bonnes pièces et de mauvaises. De bons acteurs et de mauvais. Nous avons été spectateurs de l’horreur. Du sordide. De l’abject. En direct... Et certains ont cru devenir acteurs en descendant dans la rue, convoqués par les tenants du pouvoir et leurs médias disciplinés afin de dire non au « terrorisme islamiste », ce nouvel ennemi inventé par les EU après les attentats du 11 septembre 2001... mais alimenté par ceux-là mêmes qui déclarent le combattre ! La plupart auront l’impression d’être enfin acteur de leur vie. De la prendre réellement en mains. De forcer le destin. Sans voir qu’ils n’auront été que des marionnettes manipulées par des forces occultes et dont ils ignorent jusqu’à l’existence. C’est un leurre. Et dans quelques semaines ou quelques mois, beaucoup déchanteront...

En attendant, le mal aura été fait. Et malgré les mises en gardes officielles mais purement formelles, l’Autre et dans ce cas précis, la population arabo-musulmane aura été une fois de plus stigmatisée. Et le racisme rampant de nos Etats dominants qui gardent leurs réflexes coloniaux à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières, se perpétuera sous des formes serviles et des plus sournoises.

Sous la complaisante revendication de ‘Liberté d’expression’ rampe la démagogie la plus perfide qui inocule son poison lentement mais sûrement. Les amalgames sont légion. Les coupables sont désignés. De manière dissimulée, mais suffisamment efficace pour qu’il n’y ait aucun doute sur les identités visées. Or, il n’y a de réelle ‘Liberté d’expression’ que pour celle qui n’entame pas les intérêts du pouvoir. Quantité d’opinions, d’avis, de positions restent interdites, sanctionnées sous des prétextes tordus et opportunistes. Il y a une fois de plus, une ‘Liberté d’expression’ à géométrie variable. Comme pour la Justice. Une ‘Liberté d’expression’ pour bobos de gauche de plus en plus à droite, outrepassant toute limite. Une ‘Liberté d’expression’ de nouveaux riches, de parvenus. De ceux qui peuvent tout se permettre, et affichent cette suffisance décomplexée les autorisant à tout transgresser. Sans la moindre retenue. Cette ‘Liberté d’expression’ qui va toujours dans le même sens. De celle des arrogants envers ceux qui ne peuvent ni répondre, ni se défendre. Ou que l’on entend à peine. De celle par exemple où l’on nous fait croire par l’angle de la prise de vue à une foule dense et compacte massée dimanche dernier derrière le rassemblement de chefs de gouvernements au rang desquels des terroristes d’Etat avérés... alors que derrière eux, il n’y avait personne en-dehors des services de sécurité... Ou de celle qui en quelques heures, a fait changer sa couverture à Paris-Match dès lors que le commentaire à propos de Nicolas Sarkozy se poussant aux premiers rangs de cette même marche équivoque, a dû déplaire à l’intéressé... Est-ce cette habituelle ‘Liberté d’expression’ grossière que d’aucuns réclament ?

Pour ma part, et sans le moindre doute, je préfère cette réflexion de Saint-Exupéry dans Citadelle :« Quand mon ami est estropié, je ne lui demande pas de danser »... Cela me paraît d’un tout autre niveau que l’humour de caniveau de certains humoristes élevés aujourd’hui au rang de ‘génies’... ! Et à ce propos, il me semble qu’au minimum le débat mériterait d’être ouvert en lieu et place de le cadenasser et d’imposer un point de vue tel un diktat. Y aurait-il quelque déshonneur pour nos pays laïcs à réapprendre les notions de respect de l’Autre ? De ce qui fait sa part sacrée, même si nous ne la partageons pas ? Nous abaisserions-nous, comme certains veulent nous en persuader, à prendre en compte les sensibilités des plus hésitants, des plus inquiets ? Faut-il, tels des méprisants, éclabousser nos voisins de nos certitudes, à tous les coups !? Leur en foutre plein la gueule ? Le souci de l’Autre nous indiffère-t-il à ce point pour nous autoriser à le violenter dans ses peurs, ses questions ou tout simplement ses traditions, sa culture ? Ne nous a-t-on pas appris que le bon berger est celui qui va au rythme du plus lent de ses agneaux ? Et sommes-nous à ce point aveuglés par notre suffisance que pour ne plus voir la violence que peuvent revêtir nos paroles et nos gestes auprès de l’Autre ? Accepterions-nous que nos enfants, nos jeunes soient violés dans leur part sacrée au nom de la ‘Liberté d’expression’ d’autrui ? Ou en sommes-nous à penser que définitivement, le‘sacré’ n’existe plus !? Notre violence, même verbale nous est-elle devenue incontrôlable, sous le prétexte commode de la ‘Liberté d’expression’ !? Si c’est le cas, nombreux sont ceux qui devraient consulter...

L’appareil d’Etat veut nous manipuler. A l’Assemblée nationale, comme un seul homme, les élus ont chanté “ La Marseillaise ”. Du jamais vu depuis un siècle, nous ont expliqué les médias ! Cet hymne guerrier où il est question de : ’Aux armes, citoyens... formez vos bataillons, ...’ et ‘Qu’un sang impur abreuve nos sillons’... Va-t-on tomber dans ce piège grossier de croire que nous sommes en guerre !? Va-t-on suivre une fois encore cette injonction américaine de l’infâme équipe Bush déclarant la‘guerre au terrorisme’, et reprise par nombre de politiques, de commentateurs et d’intervenants !? L’Europe va-t-elle basculer dans cette spirale infernale qui ne profite qu’aux marchands d’armes et aux grands patrons, proches du pouvoir quand ils n’y sont pas acoquinés !? Il me semble que de tous temps, les guerres se font entre armées ennemies. Appartenant chacune à un Etat. Quel Etat nous aurait-il envoyé son armée pour nous combattre ? Le personnel politique doit se frotter les mains de voir ainsi le peuple prêt à descendre aussi docilement dans la rue, tel un troupeau disposé à en découdre contre cet ennemi fabriqué, fantasmé... Ils seront donc nombreux les volontaires prêts pour aller se battre contre le prochain ennemi que nous désignera l’Etat...

Et, dans cette morbide foulée d’une “ Marseillaise ” douteuse, de quel ‘sang impur’ s’agit-il donc ?... Ceux qui jouent ainsi avec les mots pensent-ils aux dégâts qu’un tel usage du vocabulaire peut entraîner pour les demeurés qui seront toujours prêts à étriper tout ce qui ne leur ressemble pas ? En définitive, comme le dit très justement Bernard Lavilliers : « Au moment où l’on a le plus besoin de culture, on choisit de mettre des soldats dans la rue » ! Certains veulent profiter de cette dramatique situation et duper le peuple... et particulièrement en ces temps de barbarie alimentée par un personnel politique et médiatique irresponsables qui le malmène !

Pour terminer, je pense qu’il est urgent de nous demander si nos standards de ‘liberté’ sont les seuls valables... et s’ils ne devraient pas avant tout, s’exercer... dans le respect de l’Autre !

Daniel Vanhove –

Observateur civil -
Membre du Mouvement Citoyen Palestine -
Auteur -
Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes - 2005 – Ed. M. Pietteur
La Démocratie Mensonge - 2008 – Ed. M. Pietteur

18.01.15

URL de cet article 27825 
http://www.legrandsoir.info/le-monde-entier-est-un-theatre-disait-deja-shakespeare.html
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 Daniel VANHOVE
suite..
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Commentaires
« Le monde entier est un théâtre… », disait déjà Shakespeare.
25/01/2015 à 11:18 par chb

"Sang impur", ça rime avec chasse aux sorcières en ce moment. 
Un prof de philo qui « n’a pas respecté la minute de silence » est suspendu.
Selon 20 Minutes et la Nouvelle République, un professeur du Lycée Victor-Hugo de Poitiers a été sanctionné par le rectorat, sur dénonciation de parents. 
L’enseignant est accusé d’avoir tenu des propos déplacés pendant la minute de silence : 4 mois de suspension en attendant plus, une plainte "article 40" ayant été déposée par le recteur. 
Militant d’extrême gauche, c’est un philosophe, créateur à Poitiers des "cafés philo". 
Ce qui lui arrive était prévisible, un prétexte dont se sont servi ceux qu’il dérangeait depuis des années pour les combats qu’il a menés, et ils sont nombreux ( philosophie pour tous, sans-papiers, droit aux logement ...) 
Liens vers articles de presse : http://www.20minutes.fr/societe/1524723-20150124-charlie-hebdo-prof-ph...
et http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/Education/n/Conten...

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