Incontournable, pleins de perles explosives. Le monde comme on ne nous le montre jamais.
A partir de la philosophie organique de Whitehead et du matérialisme dialectique de Marx, le philosophe propose de mettre en oeuvre des réformes radicales pour apporter une réponse politique à la crise globale systémique frappant les sociétés actuelles.

ATOMISME
Deuxièmement, la solidarité est remplacé par l'atomisme: la "démocratie de marché" se nourrit de la désolidarisation, de la désorganisation de tous les collectifs. Si Pierre Bourdieu a lourdement insisté sur cette caractéristique de l'offensive néolibérale, c'est à Dany Robert Dufour que l'on doit d'avoir tiré les conséquences de l'argument bourdeusien: la déstructuration voulue par le marché ne s'arrête nullement aux collecifs: elle vise à saper les conditions de possibilité de l'individuation elle-même. Il y a donc synergie entre la pression conformisante et la force atomisante, synergie qui peut conduire, et Dufour prétend que c'est le but, à la psychose, au corps sans organe mis en réseau dans le cyberspace: "en somme, le vrai problème du capitalisme, c'est qu'il fonctionne trop bien. Si bien qu'un jour il devrait finir par tout consommer: les ressources, la nature, tout- jusque et y compris les individus qui le servent."
L'histoire du développement de la "réclame" offre un bon exemple de cette synergie. Elle semble émerger vers 1830 et sa particularité est alors de rendre publique la solution industrielle à des besoins qui peuvent prétendre à une certaine réalité. L'eau et le gaz à tous les étages, une brosse à dents, une gazinière avec four thermostatique ou un percolateur améliorent en effet sensiblement le niveau de vie. Lorsqu'elle cède la place, dans les années 1970, à la "pub-marketing", le marché est déjà saturé et le but de la publicité devient d'avancer les prétendues performances d'une marque par rapport à une autre (une gazinière de marque X plutôt que de marque Y). Un nouveau seuil est franchi à la fin des années 1980 avec le multimédia et la création de besoins existentiels factices. Contrairement à la réclame et, dans une certaine mesure, à la publicité, la communication cherche à s'approprier la vie des individus. Et il ne s'agit pas uniquement de la création de besoins purement existentiels (chirurgie esthétique, botox, génie génétique...), mais du viol du monde mental de l'individu. Le consommateur se définit maintenant par sa consommation symbolique: ce sont les logos qui définissent qui il est. On n'achète plus un téléphone de la marque Dring, on devient Dring.
Enfin, l'individu atomique a perdu toute efficacité, c'est-à-dire toute emprise sur son passé. Il devient amnésique.
P88-89