C'est dans un coffret de trois films de Monte Hellman (the shooting, l'ouragan de la vengeance, cockfighter) que j'ai eut le grand plaisir de découvrir le documentaire "plunging on alone: Monte Hellman's life in a day" réalisé par  Paul Joyce. Dans ce fabuleux entretien de 90mn il y a deux moment fort pour moi que je vais partager avec vous. Il s'agit de deux extraits de lectures de deux livres parmi ceux qui ont le plus influencé ce cinéaste indépendant devenu phare malgré l'apparent "échec commercial" de sa carrière. 

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Kracauer "theory of film or rédemption of physical reality".

Le livre est présenté par Monte Hellman.

Le cinéma y est décrit comme le premier art qui n'essaie pas de transformer la réalité pour en faire de l'art, mais qui se contente d'enregistrer la réalité. Mais finalement, qu'est-ce que la réalité?

Lecture:

Regardez ceux qui vous entourent, vous les entendrez parler, en termes très précis d'eux-mêmes et de leur environnement, on pourrait croire qu'ils ont ébaucher une réflexion mais si on commence à analyser cette reflexion on s'apercoit qu'elle ne reflète pas la réalité à laquelle ils font allusion. On s'aperçoit même qu'il n'y a aucune tentative pour ajuster cette reflexion à cette réalité. Bien au contraire. A travers ces notions l'individu essaie de supprimer toute vision personnelle de la réalité de sa propre vie, car la vie n'est à l'origine qu'un chaos dans lequel on se sent perdu. L'individu le sait inconsciemment, mais à peur de se retrouver face à cette terrible réalité. Il la recouvre donc d'un rideau de fantasmes, qui semble limpide. Peu lui importe que sa reflexion soit faussée, elle lui sert de tranchée pour défendre son existence, d'épouvantail pour chasser la réalité.

Commentaire de Monte Hellman:

Je crois que c'est ce qui m'interesse dans les films. Certains films sont de l'évasion pure. Devant eux on n'a pas à faire face à la réalité. D'autres films nous plongent au coeur même de notre existence. On les trouve souvent désagréables ou dérangeants, mais ce sont ceux qui nous sont les plus utiles,nous permettent d'accéder à ce qu' Aristote recherchait dans le théâtre: la perennité de la peur et de la pitié.

Un peu plus loin voilà le deuxième moment de lecture sur un autre auteur, un autre livre:

Monte H.: Pour moi la mort est un thème important dans la vie. C'est aussi un thème interéssant pour les films. Je crois que c'est assez révélateur.

Lecture d'un extrait de "Denial of Death" de Becker:

Pour comprendre les gens créatifs il faut savoir qu'il est en marge du savoir collectif. Son experience de la vie lui fait envisager le monde qui l'entoure comme un problème. Il lui incombe donc d'en tirer une signification. Cela vaut pour tous les gens créatifs mais particulièrement pour les artistes. L'existence devient un problème qui nécessite une solution idéale. Quand on est plus satisfait par la solution collective au problème de l'existence, il faut forger la sienne propre. Les gens créatifs trouvent leur réponse dans les oeuvres d'art. C'est leur réponse aux maux de l'existence. L'existence en général et la leur en particulier. C'est un être douloureusement isolé du monde qui l'entoure. Il doit trouver une réponse au poids de cette individuation à l'extrême, a cette isolation douloureuse. Il veut savoir comment accéder à l'immortalité en contrepartie de ses dons si uniques. Sa créativité est à la fois l'expression et la justification de son héroïsme, c'est sa religion privée. Son caractère unique lui confère une immortalité spéciale. Son au-delà n'appartient qu'à lui, pas aux autres.

 

Mon commentaire:

L'artiste ou le créatif à l'intuition fortement développée, ont le sentiment, que la réalité n'est pas l'ultime. Qu'il y a un mystère au-delà de celle-ci. C'est le moteur de leur passion secrète, percé ou avancé vers et dans ce mystère. Tenté de l'éclairé pour eux-mêmes d'abord et éventuellement pour les autres. Je dirai avec Ellul que la réalité n'est pas la vérité. Ce qui est au-dessus de la réalité ou plus important à mon sens c'est la vérité. Ne pas la trouver ou plutôt faire chemin sans elle peut être très perturbant. Cela pourrait expliqué en partie pourquoi tant d'artistes finissent par s'abîmer dans l'expression de leur recherche. Ils sont courageux et ce sont eux qui ont mon affection. J'aimerai leur dire que leur élan est le bon mais que si ils ne mettent pas l'accent sur l'appel de la vérité alors ils risquent de se brûler les ailes. 

Effectivement ce n'est pas dans le collectif qu'ils trouveront la signification du problème intérieur de leur âme et du monde. A proprement parler de "solution" je ne crois pas que ce soit par leur mains qu'ils la forgeront. Ces mains pourront au mieux la saisir mais pour se laisser porter et non pour la fabriquer ou la dominer, en faire leur chose, leur oeuvre. Croire trouver la "solution" dans ce qu'ils créent est un mirage douloureux qui amène à l'abîme. Ce qui est vrai, c'est que l'on est seul face à cet appel et que c'est l'individu seul qui doit répondre car cet appel s'adresse à chaque-un. La recherche de l'immortalité est normale mais elle ne s'aquiert pas par nos mains. La mort est là pour nous le rappeler. Rien ne peut changer cet impuissance devant elle, ni nos dons, nos meilleurs jours ou toute notre sincérité. La mort est la plus forte. Face à elle point d'héroïsme, nous sommes désarmés et désemparés. La religion, qu'elle soit personnel ou collective est aussi impuissante devant la grande faucheuse. Il y a peut-être une immortalité particulière mais sans garantie d'un meilleur, un au-delà inconnu et peu rassurant. Chaque-un le sien. Sans doute.

Mais personnellement il me semble plus sûr de confier cet à-venir à quelqu'un qui sait de quoi il en retourne. Car le seul dans l'histoire de l'humanité à y être entré et ressortit pour nous en parler. Pourvu qu'on l'écoute, et surtout qu'on l'entende.

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